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Notre bébé

#124: Débattre de la sexualité du propriétaire de Leighton House

Ce musée est un vrai coup de coeur! Mais à mon grand désespoir, les photos sont interdites dans la maison. Il s’agit de la résidence de Lord Frédéric Leighton, artiste britannique du 19ème siècle qui a notamment été Président de la Royal Academy of Arts. La maison a été rénovée récemment et vient d’ouvrir à nouveau ses portes au public en mai dernier. Les restaurateurs ont rénové le lieu aussi fidèlement que possible pour reproduire son aspect à la mort de son propriétaire en 1896. Et c’est superbe!

A l’entrée, on vous donne un livret qui vous donne quelques explications des lieux pièce par pièce. Sur la première page du livret, en introduction, on peut lire: « Leighton never married and rumours of him having a child with one of his models in addition to the supposition that Leighton may have been homosexual continue to be debated today » (Traduction: Leighton n’a jamais été marié et des rumeurs selon lesquelles il aurait eu un enfant avec l’un de ses modèles ou que Leighton aurait été homosexuel continuent d’être débattues aujourd’hui).

Nous, convaincus que le lieu de vie révèle beaucoup sur l’identité de son occupant, on s’est dit qu’on allait vite éclaircir le mystère et trancher la question! Suivez-nous, on commence par le hall. Le hall est une somptueuse pièce toute en longueur, recouverte de magnifiques carreaux de couleur turquoise avec un plafond décoré de feuilles d’or. Seule, au milieu de la pièce, trône une petite statue de Narcisse.

- « Bon, c’était facile en fait, je crois que c’est clair, Leighton était de la jaquette. Tu m’accorderas que Narcisse n’est pas la plus virile des figures de la mythologie grecque. Un mec qui tombe amoureux de lui-même, c’est clairement gay comme histoire ».

A droite du hall, au bas de l’escalier, un majestueux paon empaillé nous observe avec arrogance. Il partage la salle avec la statue d’un dieu très musculeux.

- « Mais non, tu vois, ça c’est Bacchus, notre homme était en fait un chaud lapin qui est resté célibataire parce que son truc, c’était plutôt les bacchanales ».

Nous nous dirigeons vers le fond de la salle, dans le hall arabe, le best-of de la visite. Ce hall est recouvert de carreaux turcs et syriens du 16ème et 17ème siècles dont Leighton était un féru collectionneur. Au centre du hall, une petite fontaine et sur les côtés de longues banquettes. Les fenêtres sont couvertes de larges panneaux de croisillons en bois qui ne laissent passer la lumière que par fins fuseaux et plongent la pièce dans une pénombre apaisante. Sous le dôme, de superbes vitraux aux motifs floraux. La salle est dominée par un balcon fermé en bois au treillis très serré qui vient d’Egypte. Cette pièce est époustouflante de beauté et d’exotisme en plein coeur de Londres. On se croirait en Orient, dans le palais ottoman de Topkapi ou la mosquée bleue.

- « Excuse-moi, mais un mec qui fait autant d’efforts pour en mettre plein la vue à ses visiteurs en étalant à profusion toute sa collection d’art est forcément un macho de première. Pour moi, il était hétéro à 100% ».

Mais nos convictions furent vite ébranlées lorsque nous pénétrâmes dans la salle à manger et le salon. Le salon est tapissé d’un papier peint marron, choisi pour s’accorder  à la couleur dominante des quatre tableaux de Corot exposés dans la pièce. Ce salon est dominé par un énorme lustre en pampilles de cristal de toutes les couleurs. La salle à manger, quant à elle, est recouverte d’un épais papier rouge vif, sélectionné lui pour le contraste qu’il offrait avec les assiettes en céramique bleue suspendues au mur, qui étaient ainsi mises en valeur. Là, le doute s’installe:

- « Le lustre, c’est un peu la cage aux folles.

- Et un mec qui a autant de goût et porte autant d’attention aux détails pour choisir la couleur du papier peint en fonction de ce qu’il accroche au mur est forcément homo ».

Notre visite se poursuit à l’étage. Et de nouvelles découvertes viennent mettre à mal nos conclusions. Le palier à l’étage est un vaste espace recouvert de tapis, décoré de toutes parts de peintures, avec en son centre le fameux balcon qui domine le hall arabe. Le balcon est aménagé d’une banquette en forme de U et recouvert de coussins.

- « Tu penses à la même chose que moi?

- Oui, on dirait un harem cette pièce, je commence à croire qu’il était en fait un sacré libertin ce Leighton ».

Nous poursuivons dans le studio de l’artiste. Une immense pièce éclairée par une formidable bow window aux dimensions gigantesques qui inonde le studio de lumière. Un côté du studio est surmonté par une estrade, et à l’autre bout, un large panneau en bois servait de paravent aux modèles pour qu’elles se changent.

- « Oui, ben moi ça m’étonnerait pas qu’il ait fait un bébé à l’un de ses modèles dans ce studio. Ce studio a de quoi en mettre plein la vue à une jeune fille impressionable… »

Mais alors que nous avions irrévocablement décidé que Leighton était un incorrigible coureur de jupons, quelle fut notre déconvenue lorsque nous entrâmes dans sa chambre. Plus dénuée que celle de Van Gogh, cette pièce est vide. Un petit lit simple est collé contre un mur sur lequel sont supendus quelques tableaux et voilà tout.

- « Ca ne ressemble pas à la chambre d’un Casanova.

- Non, ni à celle d’un gay d’ailleurs.

- Moi, ça me fait plutôt penser à la chambre d’un moine à vrai dire.

- Il était peut-être tout simplement abstinent? »

Et voilà comment nous avons quitté la demeure de Lord Leighton dans la plus grande confusion d’esprit. Le mystère reste entier…

Allez vous faire votre propre opinion:

Leighton House Museum

12 Holland Park Road
London
W14 8LZ

Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 17h30

Entrée: 5€, visite guidée gratuite le mercredi à 15h

Pour en savoir plus et voir une visite virtuelle de la maison, cliquez ici.

#123: Courir le long de la Tamise

Remonter le courant, au soleil, en regardant les plus beaux monuments de la capitale défiler de chaque côté de vous, quel meilleur décor pourriez-vous imaginer pour votre footing hebdomadaire?

Sauf que le rêve peut vite se transformer en cauchemar si vous ne choisissez pas précautionneusement le bon endroit et le bon moment pour votre jogging.

En aviation, on dit que « le temps du promeneur n’est pas celui de l’aviateur » (ce qui signifie qu’un temps magnifique sur le plancher des vaches ne garantit pas de conditions optimales de vol). De même en course à pied, le parcours du promeneur n’est pas celui du joggeur. Autrement dit, abstenez-vous de choisir votre balade dominicale favorite pour y effectuer votre footing pour la bonne raison que vous n’êtes sûrement pas le seul à aimer marcher au pas en mangeant une glace sur cet itinéraire et que votre course à petites foulées régulières risque de vite tourner au slalom en fractionné.

Donc, sauf à courir avant 9h ou après 20h, oubliez la portion Westminster Bridge – Tower Bridge, extrêmement prisée des touristes. En revanche, vous pouvez courir de Westminster Bridge jusqu’à Vauxhall Bridge sereinement à n’importe quelle heure. A partir de St George Wharf, cela se corse parce l’accès au quai est fermé à chaque chantier de nouvelles résidences et il vous faudra quitter la rive pour courir sur Nine Elms Lane, grosse artère très fréquentée, ce qui n’est pas très agréable. Mais à chaque fois que vous rejoindrez la rive, la Tamise sera toute à vous!

Quels paysages pouvez-vous vous attendre à voir sur votre parcours? Vous longerez Houses of Parliament, puis passerez devant Lambeth Palace, ensuite vous verrez la Tate Britain sur l’autre rive, puis plus loin, vous frôlerez le MI6 avant d’apercevoir les quatre cheminées de Battersea Power Station devant vous. Si vous êtes endurant, vous pouvez pousser jusqu’à Battersea Park.

Sur le chemin du retour, vous pouvez vous arrêter pour vous réhydrater sur la péniche du Tamesis Dock. Prendre une bière sur le pont du bateau en contemplant London Eye est une récompense plus qu’honnête de vos efforts.

Une autre option consiste à courir dans l’hypercentre mais le long de la rive Nord, moins fréquentée. Après Southwark Bridge, avec Tower Bridge dans votre dos, vous courrez le long d’un superbe chemin pour piétons d’où vous pourrez admirer le Millenium Bridge et la Tate Modern. Après Blackfriars Bridge, vous pourrez continuer votre course jusqu’à Westminster Bridge sur le trottoir de Victoria Enbankment, heureusement très large et parfaitement boudé des piétons, mais à côté d’une avenue au trafic d’autoroute tout de même…Vous profiterez d’une vue sur Oxo Tower, le National Theatre et enfin le London Eye.

De retour au point de départ, pensez à prendre votre chrono sur Big Ben!